L'encabanement
beaucoup de suggestions de podcasts et mon rapport ambivalent à la nature
La neige recouvre le sol de novembre, j’ai envie de dire qu’elle est arrivée tôt, mais je ne sais plus, d’une année à l’autre, un flou. Je n’aime pas l’hiver, c’est la saison du repli, du froid qui crispe les membres. Ma fille qui vient de se lever me rappelle qu’il y a des personnes plus enthousiastes que moi à la vue de la neige. Elle y voit des possibles, des heures de jeu, d’agrément.
Je mentirais si je disais ne pas avoir une pensée pour les paysages tout blancs sous le soleil et les flocons qui tombent de l’autre côté d’une fenêtre. L’hiver appelle le cocon, je l’apprécie de loin.
Cette année, on dirait que l’idée d’être encabanée me tente encore moins. C’est peut-être parce que ça fait quelques mois que je peine à sortir de chenous, que j’y reste par manque de ce qui permet de s’animer et par la crainte de voir des gens, même celles et ceux que j’aime beaucoup. Chaque sortie est une sorte de victoire. D’habitude, je célèbre chaque occasion de ne pas traverser ma porte d’entrée : j’aime être dans mon appartement, en silence, pendant toute une fin de semaine. Je lis, j’écris, je bois du café, j’écoute des films. Mais ce n’est pas la même chose que d’y être contrainte par un corps qui se traîne et une tête qui ne se reconnaît plus.
Je peine à lire, écrire est laborieux, entre le tricot et le coloriage, j’écoute des balados. J’oscille entre les true crime, ceux qui m’aident à réfléchir et ceux qui pourraient me donner des pistes pour aller mieux.
On dirait que cette arrivée précipitée de la neige m’a aussi débinée parce qu’à la suite de l’écoute d’un épisode intitulé “Nature Heals Us” de Hidden Brain, dans lequel on parle des vertus thérapeutiques de la nature, je m’étais dit « ok, je vais ajouter cela à la liste de ce que je peux faire pour aller mieux » et je ne l’avais pas fait avec toute la joie du monde : à part la mer et le fleuve, je ne suis pas très « nature », je la trouve hostile. L’idée de prendre une marche dans le bois, ça me demandait donc déjà beaucoup, celle de prendre une marche dans le bois avec de la neige, trop.
Toute une partie de moi s’est donc rangée avec joie au fait de repousser au printemps cette option, mais il en reste une qui se sent obligée d’écouter ce passage : « …you don’t really have to really love the nature interaction to have these cognitive benefits…” puisque “…the effects that nature is having on our mind are in some ways independent or our enjoyment of it”. J’aurais préféré de pas avoir cette information, je n’ai plus d’excuse. Je t’invite à l’écouter, cet épisode, cela dit. On y parle aussi de « surf therapy » et des bienfaits des plantes en plastique. Ça fait réfléchir à tous ces environnements de soins, de guérison et d’apprentissage qui gagneraient à être moins gris, moins beiges.
Je ne suis pas encore remise de cet article et ne comprends pas tant, pas vraiment, pour quelles raisons ce qu’il révèle n’occupe pas toutes les conversations (je prends ici pour acquis que tu es allé le lire avant de poursuivre). Il y a tellement de problèmes, d’enjeux et de raisons d’indignation, tu me diras. Ce n’est pas faux. Reste que.
On va peut-être perdre la nuit. Du moins, des gens risquent de perdre la nuit telle qu’ils et elles la connaissent. Les risques sont multiples, je te laisse lire le texte. J’aurais le goût d’ajouter celui plus diffus de ne plus pouvoir s’oublier dans la contemplation du ciel, de ne plus pouvoir voir certaines étoiles, c’est déjà commencé avec tous les satellites qui orbitent autour de la Terre. Ce qu’on y perd ne se quantifie pas, ne se mesure pas. Pourtant. Ça a à voir avec notre humanité, ce qui en nous se fait poésie. La nuit étoilé est un besoin.
Tant qu’à y être, ce podcast est aussi à écouter, entendre David Saint-Jacques parler de la Terre vue de l’espace, a quelque chose d’apaisant et de nécessaire.
Je te laisse sur des photos. À défaut d’aimer être dans la nature, j’aime la capter, surtout la mer, le ciel en feu et j’ai récemment développé une fascination pour les objets célestes. Pour avoir sous les yeux ces fois de beauté, au besoin. Je les regarde souvent, récemment.

Je te laisse aussi sur cette chanson qui est sur le nouvel album de Vincent Vallières, Les saisons, les secondes, elle a été écrite par Dominique Fortier et je suis certaine que ta fin de semaine en a besoin:
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